En abattant les murs des fortifications, André Fauquette voyait l’avenir d’Aire sur la Lys

Le route nationale longe ces fortifications.

Elle est aussi traversée par la grand-route qui relie Calais à Arras et la traverse de part en part, apportant de l’animation, faisant vivre ses commerçants. Elle est assez riche pour financer cet énorme chantier qui va durer trois ans et lui donne de l’importance vis à vis de ses voisinnes. Aujourd’hui, regretteront certains, les imposants murs d’enceinte, les portes fortifiées seraient d’indéniables atouts touristiques. Mais qui pouvait savoir..

A la fin du XIXe siècle, Aire est prospère. La Lys est son artère nourricière. Elle permet les échanges commerciaux entre le monde agricole, la campagne environnante et les grandes villes de Flandre, pourvoyeuses de produits manufacturés.

un chemin longe les fortifications.

Fauquette a d’autres idées. Le tourisme n’est vraiment pas la réoccupation de l’époque. Car la voiture est rarissime, le train encore jeune et souvent inaccessible financièrement, et voyager à pas de cheval ne mène pas loin. Déplacement ne rime pas avec frivolité, curiosité, mais avec obligation. Non, Monsieur le maire imagine des industries nouvelles sur les terres libérées par le démantèlement. Il y aura bien quelques entrepreneurs hardis. Mais l’industrie de la métallurgie, la gare, vont choisir la ville voisine. Le bourgeois airois tient à sa tranquillité. Et sa voix compte.

Tout est tombé, la porte de Baulieu a résisté

Un rempart naturel.
Derrière la porte, un spectacle calme et reposant.

Lys et fortifications ont un point commun, la porte de Baulieu, restée debout près de la RD 943, l’ex-RN 43, construite pour contourner la ville. C’est la porte fortifiée de la rivière à son entrée en ville par l’Ouest. Cette défense existait déjà au début du XVIIe, les images de l’album de Croy en témoignent. Quelques décennies plus tard, Philippe II d’Espagne en fera un rempart digne de ce nom, épais et solide. Sébastien le Prestre de Vauban perfectionnera le système pour encadrer le cours d’eau. Les voûtes furent transformées, les deux arches à ogives versées sont de la seconde partie du XIXe siècle. Ne manque que la herse. Comme la porte de Baulieu, les batardeaux et les dames qui lui font face ont résisté aux pioches des démolisseurs. Ces ouvrages empêchaient toute intrusion quand le génie militaire noyait la campagne pour se protéger de l’envahisseur. La poudrière est leur voisine, construite au XVIIIe. On y accède par le jardin public. On la reconnaît à ses imposants contreforts. Ses murs épais protégeaient autrefois la poudre de la mitraille ennemie. Aujourd’hui, elle abrite un collectif de musiciens qui l’occupent pour répéter et peuvent pousser le son sans craindre des riverains.

Une promenade dans les allées du jardin public

Jouxtant la porte de Baulieu et la poudrière, s’étale le jardin public. Arbres majestueux, allées en schiste, quelques buttes si vous avez enfilé short et chaussure de running, c’est un espace de quiétude avec vue sur le beffroi classé par l’Unesco au patrimoine mondial de l’Humanité. Prenez le temps de vous poser sur un banc pour découvrir les habitants du plan d’eau.

A moins que vous ne préfériez le pont de bois. Dans cet espace, un rescapé, vieux mur de briques. Quelle est son histoire ? Témoignage d’un bâtiment, à proximité des casernes militaires, nombreuses tout autour ? Ou terrain d’exercice pour s’exercer aux armes ? Nous n’avons pas de réponse. Peut-être l’avez-vous.

Et la prochaine …

Le bastion de Thiennes est l’autre survivant de cet immense chantier de casse. Lui aussi à son histoire. Ce sera l’objet d’un prochain sujet.