Le bastion de Thiennes, outil de défense et lieu de fêtes (2)

Un patrimoine sauvegardé

L'un d'elle a encore les caveaux, qui, sans doute, abritaient les grands crus du temps des Delbende

Les deux parties ont été construites à des époques différentes. La plus à l’est, aussi la plus ancienne, le bastion des chanoines, qui fait un angle sur le boulevard, le fut dans la première moitié du XVIe siècle, du temps de Charles Quint, sur le modèle des bastions à oreilles italiens. Sans doute sous la direction de Jehan d’Aire, l’un des six bourgeois de Calais, concomitamment avec les travaux de la collégiale Saint-Pierre. On y accédait de la ville par un couloir courbé, passant sous le mur d’enceinte.

Le bastion de Thiennes (maintenant Vauban) fut d’abord construit par les ingénieurs de Louis XIV, Jean-Baptiste Gourdon et Charles Robelin, entre 1685 et 1690, sous la direction de Vauban pour agrandir le bastion voisin. Le siège de 1710 le laissa en ruines. Charles Robelin fut le maître de sa reconstruction, entre 1715 et 1720, après l’occupation hollandaise. En 1829, son flanc ouest reçut un rajout, une construction dirigée par le capitaine de génie Charon. En 1850, une porte de trois mètres de large fut percée sous le mur d’enceinte, pour un accès plus facile venant de la ville. Les troupes anglaises en firent un lieu de garnisons, de nombreuses pièces de monnaie furent retrouvées sur la plateforme servant de toiture. Les Allemands l’utilisèrent également. Ils sont les artisans du percement de la porte ouest, l’actuelle entrée, fermée par une grille récupérée aux Meubles Vasseur tandis que le façonnage de l’allée est faite avec d’anciens pavés de la rue de Paris. Dans un des angles, on remarque une trace ronde. Obus ? Boulet ? Quant à la porte principale du bastion voisin, elle fermait précédemment la poudrière de Saint-Omer. Les gonds sont en bronze, pour éviter les étincelles qui auraient pu enflammer la poudre.

On distingue aussi l'ancienne accroche du rempart (à G) qui a servi à combler les douves 02

Le bastion Vauban, les chiffres

A l’extérieur, le bastion de Thiennes n’a plus que six mètres de hauteur. Son fossé, situé six mètres plus bas, a été remblayé avec les gravas du démantèlement à la fin du XIXe. En creusant, Jean-Pierre Grioche s’est aperçu que l’eau était encore très présente. L’intérieur comprend deux galeries qui servaient de poudrière, de casemates pour les soldats et de logements. Aujourd’hui, ce sont les pièces de réception. Chacune communiquait avec le bastion des chanoines par des ouvertures murées en 1910 mais qu’on distingue encore dans le mur.

Perpendiculairement, trois bouches à canon, d’inclinaisons différentes pour couvrir tout le rempart, sont ouvertes plein sud. Elles sont surmontées d’ouvertures destinées à évacuer les fumées de tir et de meurtrières utilisées par les défenseurs pendant que le canonnier rechargeait les batteries. A l’ouest, la porte d’entrée fermée par un portail et une grille, fut réalisée par les Allemands, en 1943. La cheminée est récente, elle permet des repas et des soirées bien agréables.

La collégiale et les jolies maisons du Bd Foch, construites après le démantèlement des fortifications
L'abri qui protège maintenant les sanitaires, a été construit par l'occupant allemand pour fondre le bastion dans le paysage urbain

Le bastion de Thiennes, c’est 500 m² de caves et autant de murs, épais parfois de près de deux mètres. Les voûtes ont 1m34 d’épaisseur et la brique est totalement imperméable. L’eau est récupérée par des goulottes et rejetée à l’extérieur.  Les deux pièces de réception font 30mx5 sur 3m50 de haut. Les galeries annexes, servent de cuisine, de stockage, de rangement. L’ensemble est en pierres et briques. Henri Grioche estimait qu’un million cinq cent mille briques avaient été nécessaires pour la construction.

Autant de surface pour les murs que pour les salles, on juge ici leur épaisseur
Les pièces annexes sont utilitaires, cuisine, rangement du matériel.