Le plateau d’Helfaut : de Napoléon à nos jours

LA VOCATION MILITAIRE DU PLATEAU D’HELFAUT

Quand on évoque la vocation militaire du plateau d’Helfaut, vient immédiatement à l’esprit l’énorme dôme de béton construite sur son flanc. La Coupole, œuvre des Allemands devait envoyer des bombes volantes, les V2, pour détruire Londres. Il n’en fut rien, aucun missile n’est parti du site, les Alliés ayant entretemps déjoué les plans de l’envahisseur germanique.

Début d’histoire sous Napoléon 1er

L’histoire militaire du plateau remonte au début du XIXe siècle. Napoléon 1er fut le premier à y voir un intérêt. Il y construisit des baraquements pour en faire un camp d’entraînement,  l’utilisant en fonction de ses campagnes de conquêtes, jusqu’à sa chute. Le plateau, aménagé, fut ensuite utilisé par des régiments anglais et écossais, de 1815 à 1819.

Une butte idéale pour des manœuvres poliorcétiques

1827 : Arrive le camp fixe, avec l’ajout de baraques, de cantines, d’écuries, d’une chapelle, de jardins aménagés. Un fort vient d’être construit à Heuringhem. L’ensemble est propice à des manœuvres poliorcétiques, l’art du siège en langage militaire. Il faut y loger les 9273 soldats réunis à Saint-Omer par le Duc d’Orléans pour former les premiers bataillons de chasseurs à pied, qui deviendront les chasseurs alpins. C’est le début de l’infanterie de choc utilisée pour la conquête de l’Algérie et la colonisation.

Vers 1853-1854, le camp est rénové, une centaine d’ouvriers s’y affaire. Les rumeurs de guerre sont insistantes, il faut densifier les garnisons. 6235 soldats viennent en manœuvre, avant de partir pour la campagne de Crimée. En 1859, le lieu est abandonné. Les autorités pensent le remettre en service pendant la guerre de 1870 avec la Prusse. Il ne sera utilisé qu’une fois, en 1874.

Le 8e R.I. en fait son terrain de jeu privilégié

Sa vocation va alors changer. Le plateau d’Helfaut devient un terrain d’entraînement pour la garnison de Saint-Omer, notamment du 8e R.I. Il l’utilisera jusqu’en 1888. Mais dans la coulisse, le devenir du lieu fait l’objet de vifs débats entre l’Etat et le Département du Pas-de-Calais. Car le ministère des finances et celui de la guerre envisagent l’aliénation du camp d’Helfaut, devenu inadapté aux manœuvres modernes. Le Conseil général juge dangereux le démantèlement de cet important domaine foncier. Le Gouvernement consent à lui vendre les terrains, 35 hectares, après beaucoup de discussions. L’affaire ne fait pas l’unanimité au sein de l’Assemblée départementale mais la transaction est réalisée le 26 juin 1889 pour 18 000 francs.

Les Anglais expérimentent leur arsenal chimique

L’activité militaire semble alors révolue. 14-18 va la raviver. Dans le secret, le plateau d’Helfaut sera investi par le centre d’expérimentation et de développement des armes chimiques britanniques. A l’été 1915, des compagnies spéciales du Royal Engineer s’y installent, avec dépôt, laboratoires, infrastructures d’expérimentation (chambres à gaz), ateliers, bureaux. Il s’agit de répondre aux Allemands, gros utilisateurs de gaz toxiques. Jusqu’à l’armistice, les brigades spéciales du Major Foulkes y testent un arsenal d’armes chimiques, incendiaires, fumigènes et des équipements de protection. De secret lors de sa création, le site est devenu la vitrine du savoir-faire britannique dont l’Etat-major est installé en divers lieu dans la rue Saint-Bertin à Saint-Omer. Les démonstrations y seront nombreuses, orchestrées par les brigades spéciales, les « Compagnies des horreurs ».

Viendra la seconde guerre mondiale et l’implantation de la Coupole. Les bombardements intenses vont considérablement affecter les communes voisines, les destructions seront importantes. Le sanatorium, qui s’est installé en 1931 pour profiter du bon air des landes, aura également à en souffrir. Le pavillon 2, la conciergerie et deux maisons seront détruits, le pavillon 1 très affecté. En 1939, l’armée réquisitionne les pavillons 3 et 4 relativement préservés pour en faire un hôpital. En mai 1940, les Allemands s’y installent. Les blessés sont transférés au pavillon 1. Les malades partiront vers le sanatorium de Felleries, dans l’Avesnois, jusqu’en 1948.

Mais quelle est donc cette colonne au milieu des bois ?

Ce que les gens du cru appellent souvent la colonne Napoléon est un monument érigé entre le 11 et 20 août 1842 pour commémorer la mémoire de Ferdinand-Philippe, duc d’Orléans. Une mort accidentelle, le 13 juillet 1842 à Neuilly-sur-Seine. Le duc, en voulant sauter de sa voiture emportée par des chevaux affolés, y laisse la vie. Il se rendait à Saint-Omer pour inspecter les  bataillons des chasseurs du « Camp d’Helfaut » qu’il avait créé en septembre 1840. La colonne et son tertre sont protégés depuis le 25 novembre 1985 au titre des Monuments historiques.

Ce sujet n’est rendu possible que par le travail du Pays d’art et d’histoire de Saint-Omer et grâce aux visites effectuées sur le site avec Cécile Vallez, guide conférencière lors du printemps de l’Art déco. Qu’ils reçoivent ici toute notre gratitude.