Le village de Fressin : entre nature et poésie

Fressin où Bernanos passa sa jeunesse.

Qu’il pleuve ou vente, je m’assois, dit-il, sur un tronc de peuplier oublié là… Dans ce pays de bois et de pâturages coupés de haies vives, plantés de pommiers, je ne trouverais pas un autre observatoire d’où le village m’apparaisse ainsi tout entier comme ramassé dans le creux de la main…

Le village de Fressin autour de son église Saint-Martin
Fressin
La paroisse d'un jeune curé de campagne.

J’ai beau le voir en ce moment si blanc, si frais …, je ne puis oublier qu’il est là depuis des siècles, son ancienneté me fait peur. Bien avant que ne fût bâtie, au quinzième siècle, la petite église où je ne suis tout de même qu’un passant, il endurait ici patiemment le chaud et le froid, la pluie, le vent, le soleil, tantôt prospère, tantôt misérable, accroché à ce lambeau de sol dont il pompait les sucs et auquel il rendait ses morts…

Fressin un peu d’histoire.

Ancien bourg déchu, il garde de son ancienne prospérité une magnifique église et les vestiges imposants d’un château qui témoignent, encore aujourd’hui de la puissance passée des Créquy, une des plus illustres familles de l’ancienne France, éteinte au XVIIIe siècle. Alliée aux châtelains de Saint-Omer, aux comtes de Saint-Pol, aux comtes du Hainaut, aux vidames d’Amiens, elle compta des ambassadeurs, des gouverneurs de ville ou de province, des hommes d’église dont plusieurs évêques et un cardinal, mais surtout des hommes de guerre, des Croisés, des officiers de tout grade et trois maréchaux de France. Ces guerriers surent aussi attacher leur nom à des œuvres de paix puisqu’on trouve parmi eux des fondateurs d’abbaye et des constructeurs d’églises.

Le cours de la Planquette

Un paysage bucolique

Fressin est un très beau village traversé par une riviérette appelée la Planquette qui prend sa source à l’extrémité de Fressin du côté de Planques et qui se jette dans la Canche. Ce village s’étend sur 6 km dans le sens de la vallée et sur 3 km en venant de Sains-les-Fressin et montant vers Hesdin par le lieu dit le Fond de Barles. Au Moyen âge, sa population dépassait les 1200 habitants de même qu’à la Révolution où Fressin fut un temps chef-lieu de canton.

Le comité de salut public créé selon les lois promulguées exerçait ses fonctions dans l’église. Pendant la Terreur, le curé constitutionnel de Fressin, Claude Moronval, chassa du presbytère l’abbé Jean-Baptiste Cauwet, curé de Fressin depuis 3 ans qui continua son ministère dans la clandestinité.
Le 8 décembre 1793, le chef de Légion et le juge de Paix du canton de Fressin trouvèrent l’arbre de la Liberté pelé. Il fut décidé de sévir contre le fanatisme des prêtres du dit lieu et surtout contre le curé de Fressin, soit Claude Moronval qui fut arrêté et dirigé sur Montreuil puis sur Arras… On n’entendit plus parler de lui.

Fressin subit l’exode rural

Le déclin du village commença au temps du Second Empire lors de l’exode rural vers les villes, les mines, les centres industriels en plein développement.
Il n’y a jamais eu d’industrie à Fressin. Deux moulins fonctionnaient le long de la Planquette.

La population comptait des rentiers qui demeuraient dans ces belles demeures appelées «catiaux», des cultivateurs, des ouvriers de fermes, des ménagers, des hommes de métier et des planteurs de tabac, un tabac dit de Virginie. Ils furent 65 planteurs qui allaient porter leur récolte à Montreuil. Un contrôleur des tabacs vivait à Fressin.                        

Aujourd’hui, Fressin compte 598 habitants.

Texte de Madame Eliane de Rincquesen

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